Le loup-garou de Jürgensburg (1692)
 


Paul von Lieven (1875-1963) avait hérité de trois propriétés en Livonie : Kremon-Krimulda, où il résidait à l'occasion, Smilten-Smiltene et Jürgensburg-Jaunpils (dans le district de Zaube).

N.B. Wilhelm III Blessig, 1866-1936, fut l'administrateur de ces domaines de 1896 à 1906. Source : A History of the Blessig Family

 

Or Jürgensburg avait été, en 1692, le théâtre d'un procès rapporté en 1924 par un chercheur balte, Hermann von Bruiningk* dont la découverte a été ensuite reprise par Carlos Ginzburg dans Les Batailles nocturnes (Paris, Flammarion, coll. «Champs», 1984, pp. 49-53.)

* Hermann von Bruiningk ,« Der Werwolf in Livland und das letzte im Wendeschen Landgericht
un Dörpschen Hofgericht i.j. 1692 deshalb stattgehabte Strafverfahren »,
in Mitteilungen aus der livländischen Geschichte, vol. 22, 1924, pp. 163-220)

 

En 1692, à Jürgensburg, dans une ambiance de chasse aux sorcières qui touchait l'Europe et l'Amérique du Nord (c'est l'année de l'affaire des sorcières de Salem), un vieux Livonien de 80 ans, dénommé Thiess, confessa être un loup-garou.
L'homme avait des idées claires et non conventionnelles.
Quand on lui demanda d'avouer qu'il avait signé un pacte avec le diable, il s'indigna : la tâche des loups-garous, apprit-il à ses juges, est au contraire de combattre les démons qui, sans cela, gâcheraient les récoltes.
Ils le font trois fois par an, aux environs de la Pentecôte (en mai), du solstice d'été (la Saint-Jean, 24 juin) et de la Sainte-Lucie (13 décembre, à l'approche du solstice d'hiver).
Les deux premières, il s'agit de courir dans les champs pour protéger les récoltes.
La troisième, en hiver, ils descendent mener la bataille aux enfers, après s'être enduit le corps d'un baume de seigle fermenté.
C'est là une oeuvre courageuse : les loups-garous sont "les chiens du Christ" et à leur mort, en remerciement, ils montent au ciel.

L'homme, nous dit le compte-rendu, était réputé, à part cela, pour son bon sens.
Il échoua, cependant, à convaincre ses juges : avec une modération remarquable pour l'époque, on le condamna à dix coups de fouets pour "idolâtrie" et "superstition".

 

Le seigneur de Jürgensburg, sans doute, présidait le tribunal et, en toute probabilité, les coups de fouet furent donnés dans la cour du château.

On s'accorde aujourd'hui à penser que la fermentation de l'ergot de seigle, d'où provient le LSD, jouait un rôle déterminant dans les croyances des sorciers. Les historiens ont trouvé trace de telles pratiques à travers toute l'Europe.
La "sorcellerie" était ce qu'il restait d'idées pré-chrétiennes dans la culture paysanne.

 
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